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Connaissez-vous le Baltic Dry Index ? Cet indice, calculé tous les jours à la City de Londres, est le phare qui guide les navires sur toutes les mers. Il établit le prix du transport de marchandises (céréales, métaux...) sur vingt-quatre des principaux trajets commerciaux : l'ancienne route des épices vers l'Orient, le commerce transatlantique, et bien sûr les norias de bateaux qui nourrissent les usines chinoises en charbon et en minerai de fer. Or le Baltic Dry Index, qui avait atteint 11793 le 20 mai dernier, s'est effondré : il a été divisé par 14 en six mois. Pis, «un bateau de 180 000 tonnes se louait 200 000 euros par jour en juin, le prix est tombé au-dessous de 8 000 euros aujourd'hui», explique Philippe Louis-Dreyfus, un des principaux armateurs mondiaux. Une chute vertigineuse. «Près de 95% du transport de marchandises se fait par mer : il n'y a pas de meilleur indicateur de la situation économique. Nous traversons une crise grave, durable et d'une brutalité jamais vue dans l'histoire du transport maritime», juge cet armateur. Bref, si les bateaux restent à quai, c'est que le commerce mondial est en cale sèche et que certaines économies prennent l'eau. Et pourtant, à la lecture des statistiques officielles, le choc ne paraît pas aussi grave. Il y a un divorce entre les statistiques de l'Insee, qui assure que la croissance s'est élevée à 0,1% au troisième trimestre en France, et l'angoisse des indus- triels, comme Carlos Ghosn, le patron de Renault, pour lequel «la conjoncture actuelle ne ressemble à rien de ce qu'on a connu jusqu'à présent». Il y a un décalage entre les discours des gouvernements et la réalité des chiffres, qui laissent présager la crise économique la plus grave depuis 1929.